France : Une absurde façon de traiter les sans-papiers

Tandis qu’Eric Besson annonce qu’un millier de sans-papiers pourraient être régularisés, le gouvernement français menace de fermeture administrative les entreprises qui emploient des personnes en situation irrégulière. Le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung dénonce le manque de réalisme de la politique française en la matière et estime qu’il s’agit d’une atteinte de plus à la crédibilité de la politique.

Le gouvernement français a choisi de jouer des muscles face aux entreprises qui emploient des immigrés clandestins. En cas d’infractions graves, les préfectures pourront imposer des fermetures administratives aux entreprises. [Appuyé par le ministre du Travail, Xavier Bertrand, le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, Eric Besson, a annoncé le 23 novembre qu’il déposerait un projet de loi en ce sens au Conseil des ministres, début janvier 2010 au plus tard.] Voilà une décision qui fait bon effet, alors que des millions de Français ne trouvent pas de travail et que certains employeurs exploitent les immigrés en leur versant des salaires de misère. Pourtant, étudiées plus attentivement, les menaces des ministres de l’Immigration et du Travail sonnent creux. Car si adopter des lois plus sévères est une chose, les appliquer en est une autre.

La France ne manque déjà pas de textes pour s’attaquer aux employeurs sans scrupules. Une personne qui emploie des étrangers en situation irrégulière risque jusqu’à cinq ans de prison. Ses équipements et locaux peuvent être également confisqués. Le problème, c’est que cette législation n’est pas réellement appliquée. Des secteurs entiers de l’économie, comme les services à domicile ou le bâtiment, reposent sur une main-d’œuvre constituée d’étrangers dont les papiers ne sont pas en règle. Or le gouvernement n’ira pas jusqu’à fermer des centaines d’entreprises. Quand on adopte des lois plus sévères sans les appliquer, quand on menace et qu’on ne frappe pas, quand on dénonce puis qu’on regarde ailleurs, on sape le respect du droit.

La meilleure méthode pour lutter contre le travail au noir et l’exploitation, c’est de sortir les immigrés de la clandestinité. Tout salarié dont les entreprises ont besoin et qui occupe un emploi pour lequel il n’y a pas assez de candidats français mérite davantage qu’une vague tolérance. Il doit être reconnu, et ce pas après au moins cinq années passées dans la clandestinité. Le gouvernement peut se permettre de se montrer généreux sur ce point. Certes, il doit lutter contre les passeurs, les intermédiaires et les patrons sans scrupules. Mais les règles existantes suffisent pour cela.

Stefan Ulrich
25/11/2009 – Source : Le Courrier International

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