Histoire du Tata sénégalais

Texte inspiré de l’article de Christine ADJAHI (Ami de Présence Africaine) publié en novembre 2004 à l’occasion du 60 ième anniversaire du Tata Sénégalais de Chasselay.

A Chasselay, au Nord-ouest de Lyon, un cimetière rassemble les corps des 188 soldats tirailleurs sénégalais du 25e RTS odieusement massacrés par la division de SS allemande Totenkopf (tête de mort) en Juin 1940 : le Tata sénégalais.

Les 19 et 20 juin 1940, le 25e RTS de tirailleurs sénégalais reçoit l’ordre de « résister sans esprit de recul » face aux troupes nazies bien supérieures en nombre et en armement. Alors que cette guerre est déjà perdue puisque Philippe Pétain, chef du gouvernement, avait demandé l’armistice et que Lyon est déclarée « ville ouverte », c’est à dire que les autorités ont renoncé à défendre la ville, le Commandement militaire décide de retarder l’avance ennemie. Pour tenir encore quelques heures avec ses faibles moyens, il utilise la seule formation vraiment opérationnelle, le 25e régiment de Tirailleurs Sénégalais. En conséquence, l’ennemi allemand vainqueur réprima de manière sanglante les Tirailleurs sénégalais faits prisonniers non loin de Chasselay et poursuivit ceux qui avaient réussi à fuir pour les massacrer dans les communes aux alentours de Lyon. Une véritable « chasse au noir », une crime assurément raciste.

En mémoire de ces valeureux combattants africains, Jean Marchiani, secrétaire général de l’Office départemental des mutilés, anciens combattants et victimes de la guerre se fit un devoir de recenser tous les corps des disparus. Il achète le terrain sur ses fonds propres et fit bâtir au lieu-dit le « Vide-Sac » sur la commune de Chasselay, au plus près des lieux du massacre, un cimetière appelé le « Tata sénégalais ». Tata, qui signifie en Afrique Occidentale « enceinte de terre sacrée » est le lieu où l’on inhume les guerriers morts au combat. Bien que ce projet ne fît pas l’unanimité auprès des pouvoirs publics, le Tata sénégalais vit le jour et fut inauguré le 8 novembre 1942, en pleine guerre, avant de devenir national après la Libération. Les 188 corps de soldats africains qui y sont enterrés sont tombés pour la France.

Cet édifice de style africain est unique en France. C’est la seule nécropole militaire nationale qui rappelle le sacrifice de ces soldats africains pour la liberté.

Les bâtisseurs du Tata de Chasselay avaient un souci de fidélité et de respect quant au choix d’un style architectural africain pour conférer à ce lieu une allure africaine et offrir « in situ» une hospitalité décente, digne de ceux dont les dépouilles eussent reposé dans un lieu peut-être semblable, quelque part sur la terre d’Afrique.

L’architecte commis s’inspira d’un document iconographique fourni par les Missions Africaines de Lyon. La conception de la porte monumentale fut confiée à L’abbé Boisard qui dirigeait à l’époque une école d’ébénisterie; « Cette porte est décorée de masques stylisés, sculptés à même les montants verticaux et destinés semble t-il à éloigner les mauvais esprits et à protéger le sommeil des défunts » (Bernard Pruvost).

En dépit de la différence des matériaux utilisés, de l’implantation géographique fort lointaine, le cimetière africain de Chasselay a été façonné en ciment rouge auquel était mêlé un peu de terre africaine acheminée spécialement du Sénégal. Il se veut une réplique des constructions en banco (terre et paille) dont la couleur ocre et la matité attestent les rigueurs climatiques des tropiques.

Outre sa fonction funéraire primordiale, le Tata est aussi l’évocation de certaines cités érigées sur le continent Africain ou vécurent ceux qui désormais reposent à Chasselay. Hommage éternel à ces valeureux combattants et dignes fils d’Afrique.

Le 11 novembre de chaque année, la communauté africaine à travers leurs associations ainsi qu’un certain nombre d’autres associations et sympathisants participent à une cérémonie commémorative à Chasselay.

On appelait « tirailleurs sénégalais  » non seulement les hommes originaires du Sénégal, mais également de Haute-Volta (aujourd’hui Burkina-Faso), du Dahomey (actuel Bénin), du Soudan, du Tchad, de la Guinée, du Niger…

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