La discrimination raciale à la Sénégalaise : Lettre ouverte au chef de l’Etat

Par Makhtar Diouf, Directeur fondateur de l’association Agir avec Les Jeunes pour le Développement Durable(AJDD) –

Merci d’être notre porte-parole auprès des chefs religieux et des mouvements de lutte contre les discriminations. Merci d’intégrer dans votre politique un plan d’action concernant un problème qui n’est ni d’ordre économique, ni de santé publique, mais pouvant créer bien des blessures.
Avec cette nouvelle ère d’espoir, qui commence avec vous, nous vous demandons d’être le défenseur de tous ces enfants sénégalais, victimes de discriminations honteuses liées à leur appartenance familiale. Comme nous le rappelle le coran “en vérité Dieu ne modifie point l’état d’un peuple tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes.” Coran, sourate 13, verset 11.

En France où je vis depuis des années, nous rencontrons beaucoup de personnes qui portent des noms de professions : Meunier, Maréchal, Boulanger, Cellier, Boucher, devenu Bouchet, Fabre ou son équivalent Faure qui désigne le métier de forgeron etc. Le nom italien Serpellini rentre dans cette même catégorie.
Leurs aïeux, grâce à leur métier, que tout le monde respectait, ont pu nourrir leur famille avec le fruit de leur travail, bâtir même de grandes entreprises qui aujourd’hui ont participé au développement économique de beaucoup de pays et font rêver tout ceux qui se disent nobles aussi bien au Sénégal que dans certains pays d’Afrique.

Pendant ce temps au Sénégal, alors que cette appartenance devrait se traduire par l’apprentissage d’un métier qu’on a hérité de sa famille si l’on n’a pas eu la chance d’aller à l’école, nous nous permettons de sous estimer voire même de mépriser les personnes exerçant ces métiers. La valorisation de ces métiers à travers des politiques gouvernementales permettrait pourtant le développement de filières professionnalisantes.

Personnellement, depuis mon installation en France, je ne taxe plus jamais un européen de raciste, ni ne parle de discrimination au moment où dans notre propre pays de la Téranga qu’est le Sénégal cette discrimination et ce racisme existent encore.

Chez nous, nous sommes toujours fier d’être africain, d’être sénégalais, fier de partager la même religion ou la même confrérie, fier d’appartenir à un même parti politique, fier de suivre le même guide religieux, fier d’habiter la même région, la même ville, le même quartier, fier d’être fan de la même équipe de foot, du même musicien….. Mais nous ne sommes jamais fier de pouvoir et de vouloir nous marier entre sénégalais d’ethnies ou de métiers différents. Beaucoup de jeunes souffrent de ce mal.
Pour certains parents sénégalais, malgré tout ce que nous partageons, il est « impossible et indigne » pour eux de marier leurs enfants à une personne issue d’une famille exerçant un métier différent. L’exemple le plus fréquent est le fait que l’un soit Guewell et l’autre Guerr.

Rappelons aujourd’hui que l’héritage du Guewell qui regroupe l’ensemble des métiers de la communication et des médias fait rêver aujourd’hui la nouvelle génération (journalistes, communicateurs, présentateurs, protocoles etc.).
Malheureusement au Sénégal, nous préférons marier nos enfants à des étrangers que nous ne connaissons guère plutôt que de les marier à des Sénégalais qu’ils connaissent et aiment.
« Chaque camp impose à ses fils d’épouser son Nawlé».

L’histoire nous apprend pourtant que la plupart de nos guides religieux, ont souvent célébré des mariages entre personnes de métiers et d’ethnies différents afin de prouver que ces discriminations sont loin d’être religieuses. Est-il encore besoin de rappeler que même les prophètes (paix sur eux) avaient des métiers: Adam était laboureur, Nuh et Zakariya étaient menuisiers, Idris était couturier, Ibrahim et Lut étaient agriculteurs, Salih était commerçant, Sulayman transformait les feuilles de palmiers, Dawud forgeait des armures et vivait du fruit de son travail, Jésus était charpentier, Moussa, Chou’ayb et Mouhammad (salla’Allahu alayhi wa sallam) étaient bergers.

Notre très cher pays du Savoir, avec ses Daaras multiples et anciennes d’où sont sorties d’éminentes références, ses grandes écoles historiques fréquentées par des personnes venues de tous les continents, sans oublier ses fils qui ont fréquenté les plus grandes universités et écoles un peu partout dans le monde devrait être un lieu où le choix du conjoint devrait être moins stigmatisant d’autant plus que « Sante deukoul fène ». Un écrivain Français disait : « sciences sans consciences, n’est que dressage de robot. » puis notre Senghor national répliqua avec ces célèbres paroles : « sciences sans conscience n’est que ruine de l’âme.»

Enfin, il ne faut pas que les sénégalais oublient que dans les cimetières, nous seront tous ensemble, quelque soit le grade ou le rang que la société nous avait attribué. Et c’est pour lutter contre cette discrimination et ce racisme que nous vous demandons encore une fois monsieur le chef de l’Etat, d’être le défenseur de tous ces enfants discriminés au sein même de notre pays. « NGIR SENEGAL JEUM KANAM ! ».

Makhtar Diouf
Daara Imam Lamine Diouf à Tivaouane jusqu’en 79
Ancien élève de l’institut d’El Azhar au Caire en Egypte, promotion 79 /85
Universités de Lyon de 85 à 91
Directeur fondateur de l’association Agir avec Les Jeunes pour le Développement Durable(AJDD)
ajdd.tourismeequitable@gmail.com
Rillieux/ Lyon/France – 21/09/2012

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