Une fédération des Etats africains : la panacée

Par Mour Talla MBAYE, Docteur Es Sciences Économiques Économiste du Développement-Spécialiste des Questions d’Intégration Régionale Comparée –

Introduction

Le projet du Docteur Kouamé KRUMAH d’un Gouvernement pour l’ensemble du continent africain pourrait sembler utopique. Et pourtant, l’existence en Afrique, d’une part, d’États à peine constitués avec des dimensions souvent si microscopiques qu’elles en compromettent la viabilité et d’autre part de frontières arbitraires, devrait faciliter son unification. Le Sud du Sahara où ils ne reposent sur aucune base nationale constitue un exemple patent. Si les États actuels n’ont pas de base réelle nationale, s’ils ne peuvent grandir et se développer, pourquoi, en effet ne pas les regrouper en un seul État ou en un État fédéral ?

Voici le fondement rationnel de la thèse du Dr KRUMAH qui loin d’être une utopie, est encore plus actuelle aujourd’hui. L’utopie, le refus de marcher dans le sens de l’histoire, c’est de persévérer dans la construction d’une Afrique mosaïque de pseudo États microscopiques.

A l’instar de toutes les puissances contemporaines, l’avenir de l’Afrique en général se trouve dans l’union politique à l’échelle continentale, les groupements régionaux constituant une étape inutile dont le seul effet est de ralentir le rythme de marche souhaité.

1. Pourquoi un Etat fédéral Africain ?

Les difficultés auxquelles se trouve confrontée l’Afrique contemporaine en général , ont pour cause principale l’émiettement territorial du continent, dont la caractéristique néfaste se manifeste par des économies nationales incapables à jeter les bases d’un développement économique et social durable pour des raisons géographiques, économiques et politiques.

Cette évidence reconnue, l’unification territoriale constitue le devoir premier de tous ceux qui œuvrent et rêvent d’une puissance africaine, d’autant que l’histoire toute récente des grandes puissances constitue une source d’inspiration.

Les frontières artificielles qui délimitent les territoires nationaux en Afrique, satisfaisant aux visées impériales des puissances coloniales, divisent des peuples que l’histoire unit, partagent des régions que la géographie rapproche (Sénégal – Gambie par exemple) à tel point qu’elles constituent des sources de différends et de conflits entre nombre d’États africains.

Sur la carte politique de notre continent, les frontières qui n’ont pas détruit l’unité naturelle de vastes régions sont rares (Sénégal – Mauritanie). Ailleurs, et particulièrement en Europe, les États se sont donnés pour frontières des cours d’eau, des montagnes, préservant suivant le relief naturel, l’unité des zones géographiques. En Afrique, au contraire, la liste serait interminable des frontières qui, séparant en plusieurs parties des régions originellement homogènes, empêchent leur développement économique. Presque chaque pays africain est un agrégat informe de pans de plaines, de montagnes, de plateaux, de cours d’eau et de lacs sans unité foncière. En évitant de descendre dans le détail et de démontrer que nos pays sont des anomalies géographiques, on peut constater que les États en Afrique de l’Ouest ont brisé l’unité originelle du Fouta Djallon, ainsi que celle des bassins des fleuves Sénégal, Niger, Volta, etc.….

Les États qui se sont partagés le Soudan Central ont, de leur côté, compromis l’unité du bassin du Lac Tchad. En Afrique Centrale, les Etats, taillés dans le bassin du Congo, ont scindé en plusieurs parties l’aire géo hydrographique d’un des fleuves les plus puissants de la terre.

Quant aux États de l’Afrique du Nord, de l’Est et du Sud, leurs frontières apparaissent comme des tracés contrariant les grandes lignes du relief africain. De telles frontières, délimitant des États aux aspects physiques économiquement peu favorables, constituent des facteurs de faiblesse dans l’organisation de l’espace de chaque pays africain.

Plus on observe la structure physique des grandes puissances de notre temps, comme la Chine , les États Unis, la France , l’Allemagne, l’Italie, la Grande Bretagne , le Japon, etc.… plus on constate que chacune d’entre elles représente un tout géographique. Et d’engager la conviction profonde, basée sur l’observation de faits historiques, que les conditions naturelles déterminent, elles aussi, l’aménagement de l’espace géographique.

Si les Français se sont battus pour récupérer l’Alsace et la Lorraine , si les Allemands ont lutté pour leur réunification, c’est que le meilleur cadre d’aménagement de l’espace exige le respect des unités géographiques telles que la nature les a constituées, en régions unies.

Un des facteurs favorables au développement économique des grandes puissances est leur forte unité géographique qui préserve les ensembles naturels. En Afrique, ces derniers ont été désagrégés par des frontières artificielles. Le Congrès de Berlin a détruit, en 1885, les unités naturelles de l’Afrique physique transformée en un monde épars, un monde éclaté avec des milieux naturels aux possibilités d’aménagement réduites par leur division.

Berlin a désintégré les peuples africains, répartis entre des États ayant souvent des orientations politiques différentes, dépourvus de vision perspective identique. Chaque frontière tracée sur la carte de l’Afrique par les géographes, diplomates et autres arpenteurs européens, a détruit l’unité d’un peuple africain. C’est ainsi que le peuple Ewé se trouve divisé entre le Ghana, le Togo et le Bénin ; le peuple Mandingue est éparpillé entre le Sénégal, la Gambie , la Guinée , la Guinée Bissau et le Mali ; le peuple Yoruba a vu son unité brisée par la frontière séparant le Bénin du Nigeria ; les Sonas se répartissent entre le Tchad, la Centrafrique et le Cameroun ; le peuple Faag se retrouve au Cameroun mais aussi en Guinée Equatoriale, au Gabon et au Congo ; les Bakongo sont divisés entre le Congo, la République Démocratique du Congo (Ex Zaïre) et l’Angola et les Somalis écartelés entre l’Ethiopie, la Somalie , Djibouti et le Kenya.

Chaque État africain est une mosaïque de pans de peuples et d’ethnies, un conglomérat de populations qui manque d’unité pour fonder de véritables nations. Chaque pan de peuples ou d’ethnies inséré dans cet amalgame mal conçu qu’est l’État africain contemporain, porte son attention sur les autres branches de son groupe et, dans de telles conditions, il faut admettre que les frontières artificielles, en détruisant l’unité des populations africaines, forment des obstacles sérieux au développement de leur énergie créatrice. La division réduit à néant la vitalité des peuples et les frontières artificielles qui délimitent les États servent également à briser leur cohésion.

Une raison profonde a poussé les hommes politiques et les diplomates européens, qui, au XIXe siècle, fondaient leur politique européenne sur les principes de nationalités, à disséquer l’espace géographique africain selon leur vision propre et leurs intérêts bien compris. Cette raison intime est l’application du principe du « diviser pour régner ». En désintégrant les unités géographiques et en rassemblant des pans de peuples divers dans des États factices, sans les espaces géographiques véritables qui représentent les grandes nations, on aboutit à des constructions politiques post coloniales sans avenir.

Ces Micro-Etats constitués n’atteignent pas le niveau minimal de population qui, en économie permet de réaliser les grands bonds. Il existe en géopolitique, comme en économie, une masse critique, un seuil de nucléarisation, de cristallisation, en deçà desquels aucun développement cohérent n’est possible, aucun État viable. En le disant, il ne s’agit nullement de ressasser le passé, ni chercher à culpabiliser qui que ce soit, mais c’est plutôt pour souligner et indiquer de manière permanente le plus grand obstacle à l’émergence d ‘une Afrique nouvelle.

Les questions de l’espace économique optimal et de la taille minimale en termes de population ont toujours été une des préoccupations majeures de la pensée économique. Les mercantilistes et les libres – échangistes, les perfectionnistes et les partisans de l’autarcie ont considéré la politique économique comme l’instrument de la création de vastes marchés couvrant l’étendue des territoires nationaux.

Les écoles de la pensée économique, convaincues de la nécessité de disposer d’un vaste territoire et d’une population considérable, se sont opposées aux particularismes locaux et ont prôné la disparition des domaines internes et des obstacles qui, à l’intérieur d’un pays, entravaient la libre circulation des biens et des personnes donc empêchaient l’expansion industrielle et commerciale.

C’est ce qui amena les grandes puissances de l’époque contemporaine, usant de tous les moyens, y compris la guerre, à se doter de vastes étendues territoriales.

2. Des exemples d’unification réalisée par des puissances contemporaines

La Révolution française de 1789 et surtout la Constituante , en liquidant les diverses douanes intérieures et les péages qui caractérisaient la France et l’Ancien Régime, assurèrent l’uniformisation administrative du territoire français. Mais par delà cette uniformisation administrative, il faut voir la volonté des révolutionnaires de briser les obstacles intérieurs qui freinaient l’essor économique de leur pays.

Les évènements leur donneront raison car c’est dans le cadre de la nouvelle France ainsi créée que l’expansion économique de ce pays a pu s’effectuer. Les acteurs des secteurs industriel et commercial avaient à leur disposition l’espace géographique français le plus vaste d’Europe à l’exclusion de la Russie.

Et ce sera grâce aux grandes potentialités naturelles et démographiques de cette France uniformisée à l’intérieur, que l’agriculture, l’industrie et le commerce ont pu se développer sous Louis Philipe et Napoléon III.

A cet égard, les dirigeants français qui avaient étudié l’expérience anglaise, étaient convaincus que la révolution industrielle exigeait pour réussir un vaste espace géo- économique. Dès lors, ils s’efforcèrent de briser toute entrave à son expansion allant jusqu’à opérer à partir de Paris, la centralisation administrative, afin que la capitale soit le centre d’impulsion pour la vie de l’ensemble de la Nation.

L’exemple de la France ne doit pas faire oublier l’expérience anglaise ainsi que les tentatives d’uniformisation administrative et financière entreprises par les partisans du despotisme éclairé en Europe au cours du XVIIIe siècle. Il faut méditer aussi l’exemple de l’Allemagne qui, divisée en une multitude d’États, a été le jouet des puissances européennes. Réunifiée par Otto Von BISMARK, elle est devenue l’une des premières puissances du monde à partir de 1871. Et si l’on peut citer un cas où l’unité territoriale a été incontestablement une source de puissance économique et politique, c’est bien celui de l’Allemagne.

L’Allemagne du Congrès de Vienne comprenait en 1815, trente neuf États autonomes sous la présidence honorifique de l’Empereur d’Autriche. Elle répondait davantage aux vues et ambitions de l’Angleterre, de Has Bourg de Vienne, de la Russie , qu’aux vœux d’unification incarnés par FICHTE, JOHN, ARNDT, et des hommes d’États qui avaient œuvré dans l’ombre à la restauration de la puissance prussienne pendant la domination napoléonienne. Cette Allemagne issue du Congrès de Vienne, était au plan économique, caractérisée par un nombre impressionnant de domaines intérieurs qui freinaient l’expansion commerciale, favorisaient les produits anglais et empêchaient la réalisation de l’unité territoriale.

Dans cette atmosphère marquée par des rivalités entre une quarantaine de souverainetés, dont beaucoup servaient les intérêts extérieurs, les mouvements libéraux et nationaux éprouvaient d’énormes difficultés à réaliser leur objectif d’unification politique et l’économie allemande ne pouvait guère s’épanouir. C’est alors que Friedrich LIST de retour des États Unis où il s’était familiarisé avec les thèses économiques d’Alexandre HAMILTON, lança l’idée d’une union douanière qui, regroupant les États allemands, créerait entre eux une solidarité d’intérêts.

Dans l’esprit de l’auteur du système national d’économie politique, il s’agissait d’instituer un cordon douanier unique qui protégerait une zone économique à l’intérieur de laquelle il y aurait une libre circulation des personnes et des biens, favorisant l’essor industriel et l’expansion commerciale. Les dirigeants prussiens les plus clairvoyants, dans l’impossibilité, pour des raisons diplomatiques, de réaliser l’unité politique de l’Allemagne, comprirent l’intérêt qu’ils avaient à suivre la voie suggérée par LIST. C’est ainsi que le Ministre prussien des finances Von MOTZ, après avoir supprimé les douanes intérieures de la Prusse , instaure une taxe douanière unique modérée et fit adhérer plusieurs États allemands situés dans l’orbite de Berlin à ce nouvel ensemble douanier.

Les Anglais qui avaient perçu les intentions véritables des dirigeants de Berlin, poussaient certains États de la Confédération germanique à constituer entre eux la Mitteldeutscher Handelsverein (zone de libre échange de l’Allemagne Centrale) au cours de l’été 1828.

Ce fut le début d’une lutte serrée à l’issue de laquelle, les Prussiens utilisant tous les moyens à leur disposition pour briser la Mitteldeutscher Handelsverein , considérée comme un instrument de l’hégémonie commerciale britannique, triomphèrent avec la création, en 1833, du Deutscher Zollverein (union douanière allemande). Ce dernier apparut dès lors comme un solide instrument d’unification du pays et la petite Stenerverein (union fiscale), constituée par le Hanovre, le Brunswick, la Lippe et les villes hanséatiques ne survécut pas à l’attraction représentée par le puissant Deutscher Zollverein.

De fait, le Zollverein a été l’étape préliminaire de l’unité allemande car c’est par lui que les Nationaux allemands, patiemment, et trompant la vigilance des grandes puissances, jetèrent les bases de l’unification territoriale de leur pays. En effet, libre échangiste à l’intérieur des Etats membres de l’association douanière, perfectionniste vis à vis de l’extérieur, le Deutscher Zollverein, en érigeant des tarifs douaniers élevés assura la protection des industries allemandes naissantes contre les méfaits de la concurrence des produits étrangers. Le marché allemand solidement protégé de l’invasion des articles manufacturés britanniques, devient le débouché des productions locales.

Les populations allemandes, y compris les classes dirigeantes, se mirent à consommer des produits allemands même lorsqu’ils coûtaient plus cher et étaient d’une qualité inférieure à celle des produits britanniques. Une grande leçon que les Africains devraient méditer.

Le Deutscher Zollverein fut le prélude à l’unité allemande car, avant qu’Otto Von BISMARK ne proclame le 18 janvier 1871, dans la galerie des Glaces à Versailles, le deuxième Reich qui rassemblait vingt cinq États, cette association douanière avait accompli l’unification économique et territoriale de l’Allemagne au profit de la Prusse.

C’est dans le cadre de ce Zollverein que fut construit un réseau allemand unifié de chemins de fer, faisant du territoire un espace géo-économique unifié. Le Deutscher Zollverein apparut très tôt comme une véritable union économique qui devint effective avec la conférence monétaire de 1857 qui décida de faire du thaler prussien une monnaie fédérale pour permettre l’uniformisation des instruments d’échange et des finances dans l’ensemble des États constituant l’association douanière. Le Deutscher Zollverein réussit d’une part à jeter les bases de l’essor économique des différents États membres,et d’autre part à répondre à l’attente de Friedrich List, selon qui cette structure pourrait amener les populations allemandes à prendre conscience de leurs intérêts communs.

Avant la proclamation du Deuxième Reich Bismarkien, l’Allemagne avait réalisé son industrialisation dans le cadre du Zollverein avec des industries sidérurgiques puissantes et diverses industries de transformation puisant une main d’œuvre qualifiée et trouvant des débouchés dans une population en pleine croissance d’une part, et disposant, d’autre part, d’immenses potentialités énergétiques, minérales et agricoles dans un espace géographique s’étendant du Memel au Rhin et de la Baltique au Main.

L’union économique favorisée par le Deutscher Zollverein a permis la renaissance de la puissance allemande contemporaine. Les Britanniques et les Français, pressentant l’évolution politique qui se dessinait en Allemagne du Nord, s’efforcèrent, par tous les moyens, d’empêcher l’unification territoriale des États germaniques.

Londres joua contre la Prusse la carte des Cités – États hanséatiques, la ville libre de Francfort sur le Main et d’autres Etats allemands de moyenne importance, tels que Nassau, Weimar, Brunswick, Oldenburg, la Hesse – Cassel, la Lippe , la Hess électorale etc.… pour constituer un regroupement commercial anti-Zollverein.

Ce fut d’abord le Mitteldeutscher puis le Sternerverein et aussi l’ Autriche qui, sous la conduite du Chancelier Félix SCHWARZENBERG, pour la défense de ses intérêts dynastiques, joua le jeu du cabinet britannique en s’opposant par toutes sortes de manœuvres diplomatiques à une politique douanière qui portait en elle les germes de l’unification de l’Allemagne sous l’égide de Berlin. Mais la chance des promoteurs du Deutscher Zollverein fut de bénéficier du soutien indéfectible de grands États de Thuringe, dont les dirigeants avaient compris l’importance de l’association douanière pour la régénération de l’Allemagne.

Ainsi, Otto Von BISMARK a su profiter de l’unité retrouvée pour donner à l’économie allemande une redoutable puissance moderne que les épreuves des deux guerres mondiales n’ont pas réduite.
Et cette expérience devrait constituer une leçon magistrale, pour nous Africains qui sommes confrontés aux mêmes problèmes que les Allemands aux lendemains du Congrès de Vienne !

La renaissance de la puissance allemande, après l’unification territoriale de 1870 prouve que l’unité est la source première de la puissance des peuples. Les innombrables frontières qui parsèment l’Afrique établissent de véritables douanes intérieures néfastes au développement du continent, douanes intérieures que le Zollverein a pulvérisées en Allemagne pour forger un espace économique unique. Il reste donc aux africains à tirer les leçons de l’histoire, ce « maître des hommes d’État », et sans tomber dans le travers d’un mimétisme conceptuel funeste, à tracer, à leur manière, la voie conduisant à une sorte de Zollverein africain.

Cela est d’autant plus vrai que les pays ont souvent atteint leur apogée quant ils ont pu disposer d’un espace géographique de taille acceptable. Le Royaume Uni, l’Allemagne, la France qui illustrent bien notre affirmation ont en effet forgé leur puissance à une époque où leur espace géographique, qui à nos yeux d’hommes du XXe Siècle peut paraître restreint, était en réalité considérable. Mais si ces pays continuent de vivre de leurs acquis en se renouvelant sans cesse, ils seront voués au déclin à moins qu’ils ne réussissent à bâtir une Europe digne de ce nom, politiquement unie. En fait grands hier, moyens aujourd’hui, leur espace géographique réduit pourrait les condamner à être petits demain. La science et la technologie seules ne pourront les sauver. De façon irréfutable, l’avenir passe par un espace réunifié . Et c’est pour cette raison que conscient de ce danger qui pourrait les guetter, les pays européens ont entamé depuis 1957, le processus d’unification économique qui à terme pourrait s’achever par une union politique.

Et les États Unis d’Amérique dont les pères fondateurs avaient saisi l’avantage à tirer d’un vaste territoire et d’une population abondante comme sources de puissance pour leur jeune nation constituent un bel exemple pour ceux qui seraient encore sceptiques. Alexander HAMILTON s’était ainsi donné pour programme d’utiliser la politique économique comme instrument de l’unification et de la puissance américaine.

Protectionniste au plan de la théorie économique, il préconisait des tarifs douaniers élevés en vue d’assurer l’émergence de la jeune industrie américaine contre la concurrence des industries britanniques les plus puissantes. Faisant le constat que « maintenir, entre les nouveaux établissements d’un pays et les établissements longuement éprouvés d’un autre pays, une concurrence sur une base d’intégrité est dans la plupart des cas impossible », il propose aux Gouvernements des pays en voie de développement de garantir à leurs industries naissantes un système de protection efficace en appelant de ses vœux « l’aide et la protection exceptionnelle du Gouvernement ».

C’est dans la même perspective qu’Henry Charles CAREY, disciple d’HAMILTON, publia le célèbre livre « Le Passé, le Présent, le Futur », appelé à devenir le fondement théorique de la politique économique des États Unis au siècle dernier, et dont l’influence continue de se manifester en ce XXe siècle. Soucieux de disposer d’un vaste territoire, les pères fondateurs élaborèrent, sous l’influence d’Alexander HAMILTON, une politique d’expansion territoriale ayant pour base une doctrine économique dont l’objectif tendait, dans le cadre du protectionnisme douanier, à assurer aux industries américaines naissantes un espace économiquement protégé. L’histoire de l’expansion territoriale et impériale américaine s’intègre dans cette vision politico-économique. Face aux puissances européennes qui monopolisaient en leur faveur le commandement des affaires mondiales, les dirigeants américains concentrèrent leurs vues sur l’Amérique. Au Nord, ils déployèrent leurs efforts en vue de doter leur nation d’un vaste domaine et d’une population nombreuse. Au Sud, MONROE se réservera l’Amérique Latine.

Acquis à la politique économique définie par l’école protectionniste, les politiciens du Nord tenaient au développement des forces productives américaines à l’écart de la concurrence des industries européennes. Ils avaient besoin d’une main-d’œuvre abondante et ne pouvaient s’entendre avec les dirigeants du Sud, à la fois esclavagistes et libre-échangistes.

Les hommes politiques du Nord n’avaient pas étendu le territoire américain pour le laisser sous-développé par suite des exigences des esclavagistes du Sud, préoccupés de leurs intérêts agricoles nécessitant la pérennité de l’esclavage. La guerre de sécession, avec ses centaines de milliers de morts, fut la rançon que le peuple américain dut payer pour sauvegarder son unité territoriale et faire de l’ensemble de l’espace américain le champ d’expansion de l’industrie des États-Unis.

Cet espace géographique servit de base au développement de la puissance économique américaine. Les différents États qui constituèrent la fédération n’étaient pas isolés les uns des autres par des barrières douanières de sorte que, sans obstacles intérieurs pour freiner son essor, l’industrie fit des bonds prodigieux favorisés aussi par l’arrivée massive des immigrants européens.

Une corrélation existe entre l’essor économique des États-Unis, son unification territoriale et sa croissance démographique. Comme l’exemple allemand, l’expérience américaine doit servir et de leçon et de raison d’espérer pour les peuples africains. L’exemple américain est d’autant plus révélateur que l’explosion industrielle des États-Unis s’est faite par un apport massif de peuples divers, d’où une diversité d’origines, de langues, de cultures. Ces peuples ont accepté de se fondre dans le monde anglo-saxon avec, comme langue nationale, l’anglais d’Amérique : Allemands, Italiens, Russes, Polonais, Juifs d’horizons divers, Hongrois, Scandinaves, Slaves du Sud, Irlandais, Ecossais, Noirs importés d’Afrique, Asiatiques, etc.… n’ont pas tenu à se constituer en nationalités indépendantes, à conserver leur langue et leur culture mais se sont fondus en une impressionnante nation. L’Afrique tiraillée en tous sens, abritant de multiples ethnies que l’on croit incapables de cohabiter les uns avec les autres, trouve, dans l’amalgame américain d’hommes venus de tous horizons, la preuve qu’elle, aussi, peut, en mobilisant ses fils dans un effort commun, bâtir une nation puissante. Cet exemple démontre que l’argument selon lequel les peuples du continent noir ne peuvent aller ensemble ne saurait prospérer.

A ces expériences allemande et américaine, il convient d’ajouter celles de l’ex Union soviétique, de la Chine et de l’Europe en voie d’unification. La puissance économique soviétique était fondée sur l’immense espace géo économique que couvrait l’Union.

Territoire très étendu avec des espaces agricoles considérables, d’importantes ressources naturelles, une population de deux cent soixante quinze Millions d’âmes à l’époque (1982), facteurs qui ont permis à ce pays de se transformer en une puissance industrielle moderne. Constatant l’impossibilité, par manque de ressources, de développer de façon autonome telle région ou telle république, les dirigeants soviétiques avaient imaginé le système des Kombinat, associant dans le cadre d’un développement intégré des régions aux potentialités naturelles complémentaires.

Quel exemple pour les Africains, dont les pays, intégrés dans les programmes communs de développement économique, pourraient échanger hommes et ressources naturelles pour se développer ! Il y a là un modèle d’aménagement volontaire de l’espace, un succès de géographie volontariste que les Africains se doivent de méditer pour mener à bien leur développement industriel, qui n’est autre qu’une méthode moderne de conquête de leur espace géographique.

Il en va de même de la Chine qui, disposant d’un territoire de près de dix millions de Km² peuplés de plus d’un milliard et demi d’hommes, connaît depuis 1949, date de sa révolution, des progrès spectaculaires qui en font aujourd’hui une puissance de premier plan.

Si nous avions à administrer une preuve supplémentaire pour ouvrir les yeux des Africains sur le rôle d’un espace géographique important et d’une population considérable politiquement unie, dans le succès de toute politique de développement, l’Europe de l’Ouest nous en fournirait encore l’opportunité.

Constituée de vieilles nations qui, des siècles durant, ont vidé leurs querelles dans le sang, l’Europe Occidentale, dont la croissance économique entre les deux guerres eut à souffrir de la politique autarcique des Gouvernements nationaux, vit ses dirigeants, à la fin des années 1940, face à l’hégémonie américaine et soviétique, s’engager dans la voie de la formation d’un espace géo-économique Ouest-européen unique et vaste. Il s’agissait, pour les promoteurs de la communauté économique européenne, qui verra le jour à la signature du traité de Rome le 25 mars 1957, de favoriser l’expansion économique dans un vaste espace transnational couvrant l’ensemble des territoires des États membres.

Véritable cadre pour la croissance économique fondée sur une union douanière, un marché commun et une communauté économique, la C.E .E., malgré les épreuves qu’elle n’a cessé, depuis sa création, de traverser, a remporté dans le domaine précis de la coopération économique, technique et scientifique un succès que l’Afrique pourrait également essayer de méditer d’autant que ce que la C.E .E. a réussi en quarante ans, l’UEMOA est en train de le réussir en dix ans.

Instituant un tarif douanier extérieur commun à ses membres, après avoir supprimé les entraves aux échanges entre les pays qu’étaient les droits de douane et les mesures non tarifaires telles que le contingentement, la communauté économique européenne s’est constituée en une vaste zone de libre-échange avec la libre circulation des biens. Ce qui contribua à l’extension de l’espace géo-économique où les entreprises européennes, rénovées et agrandies, ont trouvé des débouchés accrus pour leur expansion. Cette mesure douanière a aussi contribué à donner une impulsion remarquable aux échanges intra-européens qui ont sextuplé de 1958 à 1970, passant de six milliards sept cent millions d’unités de comptes européennes à quarante trois milliards six cent millions d’écus, tandis qu’au cours de la même période le commerce mondial ne faisait que doubler.

La C.E .E. est un marché commun, puisque le Traité de Rome stipule la libre circulation des personnes et des capitaux. Des efforts ont été déployés par les Gouvernements des États membres pour faciliter une grande mobilité des Européens et une circulation plus libre des capitaux afin de favoriser les opérations financières.

Devant les progrès réalisés par la Communauté , le Royaume-Uni a dû se battre pour son adhésion et l’Europe des Dix, dont l’étendue dépasse un million et demi de Km² et la population d’alors deux cent soixante dix millions d’habitants, apparaissait comme la première puissance économique et commerciale du monde.

Grâce aux efforts déployés par les dirigeants européens, allant de crise en compromis, de déchirements en concessions, de menaces d’éclatement en ressaisissements, la communauté économique européenne représente une réalité économique qui s’impose sur la scène mondiale. Les dirigeants de l’Europe communautaire, malgré la diversité de leurs croyances, de leurs options et de leurs idéologies, ont œuvré et réussi la réalisation de l’union économique et monétaire afin que la communauté dispose des moyens de sa puissance.

Quand M. Gaston THORN, alors Président de la commission des communautés européennes, parlait en1982 de « jeter immédiatement les bases de l’Europe de la deuxième génération », il pensait évidemment à une Europe politiquement unie, économiquement unie, dont la puissance de rayonnement en ferait un foyer de lumière universel.

M. Valéry Giscard d’ESTAING ne s’y est pas trompé. Résumant une pensée chère aux dirigeants européens les plus clairvoyants, l’ancien président de la République a écrit dans « Deux Français sur Trois » Nous citons : « Pour arrêter la décadence historique de l’Europe, trois lignes d’action me paraissent prioritaires dans les années à venir : faire ressentir l’Europe par tous ses habitants comme constituant un espace unique ; considérer que la personnalité européenne doit recouvrir la totalité des nations où s’exprime la personnalité d’un groupe : unité de l’espace certes, mais aussi sentiment de l’unité du mode de vie et de l’attitude culturelle ; enfin percevoir de façon commune le problème de sa sécurité… » Le jour où l’esprit des Européens « verra » l’Europe comme un espace unique, une transformation sera accomplie. Le Président MITTERRAND s’accorde avec son prédécesseur sur ce chapitre précis lorsque, donnant son aval au « Projet SPINELLI » d’union européenne, il déclarait à Strasbourg : « Je suis sûr qu’un jour tout cela se fera. Car notre jeunesse en a besoin. Car notre indépendance, celle de nos patries et celle de l’Europe est à ce prix…..Pour une telle entreprise, la France est disponible….. ».

L’Afrique, dont les « États » sont dans l’impossibilité congénitale et structurelle de se hisser au rang de grande puissance pour assurer à leurs populations les conditions les meilleures d’existence et de travail, peut et doit y réfléchir. Si pris individuellement, les pays africains disposent en général de potentialités naturelles capables de générer la puissance économique, rares sont ceux qui possèdent des bases démographiques acceptables. Les métropoles coloniales l’ayant bien compris, les avaient regroupés pour une meilleure exploitation, dans de vastes ensembles. C’était les cas de l’AOF et de l’AEF, de la Communauté de l’Afrique Orientale (Ouganda, Kenya, Tanganyika), de la Fédération de l’Afrique Centrale (Rhodésie du Nord, du Sud et Nyassaland).

Après ces considérations historiques mais encore actuelles relatant les expériences d’unification, de regroupement des grandes puissances d’aujourd’hui, dont l’objet était de montrer que la plupart des grandes nations de ce monde ont eu recours à un moment donné de leur existence, à l’unification de leur espace géographique pour jeter les bases d’un développement économique et social durable, nous allons à présent tenter d’esquisser une voie de salut pour l’Afrique.

3. L’union politique : une panacée pour l’Afrique

L’expérience de plus de quarante années d’indépendance et son bilan encore positif montrent que le meilleur avenir de l’Afrique exige des Africains qu’ils s’opposent au renforcement des frontières artificielles qui les divisent et qu’ils luttent pour l’unité africaine à partir des grands ensembles économiques sous régionaux. Il ne s’agit plus d’ensembles économiques répondant plus aux intérêts extérieurs qu’à ceux découlant d’une politique endogène, mais de véritables ensembles économiques pensés et conçus par les États africains pour amorcer une politique authentique de développement économique.

Les économies africaines contemporaines restent, pour la plupart, des appendices des économies extérieures. Généralement extraverties, elles sont dépourvues de bases nationales et doivent être repensées au plan théorique et intégrées au plan opérationnel dans un vaste programme de développement régional à volets sous-régionaux.

Suivant l’exemple de la Deutscher Zollverein , l’Afrique doit, à partir de pays ayant une dimension d’États modernes, s’engager résolument dans la voie de l’unification politique gage d’un développement d’appareils productifs internes performants et compétitifs. Doublés d’une politique de construction des voies de communication à vocation unificatrices, les différents États pourront déboucher sur le renforcement et la perpétuation de la libre circulation des personnes, des capitaux et des biens.

Cette intégration politique et économique régionale réussie pourra donner naissance à une communauté économique africaine, avec une monnaie africaine unique, une politique économique africaine commune et des institutions politiques africaines uniques.

Comme le disait Joseph II, Empereur d’Autriche : « Les grandes choses doivent être exécutées d’un seul coup ». Le processus que nous proposons allie l’économique et le politique. Il convient d’éviter le Periodisierung ou « l’étapisme » : il n y a pas un temps pour l’économique et un temps pour le politique, tout doit être mené de front si l’on veut bâtir quelque chose de durable et sauvegarder l’avenir. Dès lors l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique Centrale, l’Afrique Orientale et l’Afrique Australe qui possèdent des communautés économiques au moins pour certains ne doivent pas hésiter à accélérer la cadence au double plan économique et politique d’abord en leur sein ensuite au plan régional. Quant à l’Afrique Septentrionale, malgré son attachement au panarabisme elle devrait intégrer l’Afrique à qui elle appartient historiquement, géographiquement et démographiquement.

Les communautés économiques africaines, suivant l’exemple du Deutscher Zollverein doivent dépasser le domaine économique pour viser l’objectif de l’unification territoriale et politique de l’Afrique toute entière, seule chance pour le continent de se transformer en grande puissance moderne. Le combat peut paraître titanesque, mais il n’est pas au-dessus des forces des Africains à conditions que chacun prenne ses responsabilités, tant au niveau des élites dirigeantes qu’à celui des peuples, acteurs et moteurs de leur propre histoire. Les structures des États non viables doivent céder la place à une fédération dotée d’Institutions politiques, économiques, scientifiques, techniques, artistiques et culturelles qui favorisent la réunification des peuples et leur intégration. Une fédération régionale capable de faire cohabiter des peuples et des ethnies divers, aptes à mobiliser les populations africaines dans le combat commun pour le développement économique et la renaissance de la puissance politique de l’Afrique.

Une telle fédération politico-économique qui pourrait être d’inspiration américaine constitue le seul groupement à capacité d’unification réelle du continent africain.

4. L’impact économique et politique de l’unification totale en Afrique

L’Afrique d’aujourd’hui trouvera dans ses États, des hommes qui sauront déjouer les calculs des adversaires de l’unité pour forger les instruments capables de rassembler les peuples de la région, de les regrouper pour former les États-Unis d’Afrique.

Pour ce faire, nous devons nous inspirer de l’histoire de la formation territoriale des grandes puissances contemporaines : que ce soit en Europe, en Asie ou en Amérique du Nord, il fut une époque, où une multitude de principautés s’étaient constituées et se partageaient les territoires relevant de la souveraineté des Etats puissants. Mais il a fallu des hommes d’État de grande envergure pour briser ces principautés, afin de permettre l’émergence d’États modernes garants de la puissance de leur nation. A l’instar de certains souverains et hommes d’Etat, qui manœuvraient en s’appuyant sur l’une ou l’autre des principautés vassales contre les visées des uns et des autres, il nous semble que des dirigeants africains qui nourrissent de grandes ambitions pour leur continent et rêvent de le voir s’unifier, doivent surgir et élaborer un programme de lutte unificatrice. Cette stratégie planifiée d’unification territoriale doit exploiter les forces internes de désagrégation des États artificiellement créés, au profit d’un ensemble plus compact et, s’il le faut, contenir la politique des forces extérieures pour bâtir un continent qui compte sur l’échiquier international.

La politique des unions personnelles, les moyens de la diplomatie, les transactions internationales, toutes les formes d’actions qui ont permis, dans le passé, de mener à terme la formation territoriale des grandes puissances, peuvent être utilisées en tenant compte du contexte international actuel.

C’est à ce prix que l’Afrique pourra vaincre dans des délais raisonnables le sous-développement et ses corollaires que sont les guerres, la pauvreté, les épidémies et toutes les autres calamités que le continent vit au quotidien.

4.1. L’impact politique de l’intégration totale

Les pays africains se sont souvent opposés idéologiquement. Certains se disent progressistes d’autres modérés et plus près de nous des libéraux, des ultra-libéraux, des socialistes et nous en passons. S’il est exact que les appartenances ont existé ou existent encore, il n’en demeure pas moins qu’elles constituent une ligne de démarcation factice.

Certains États qui se disaient « progressistes » ne l’étaient que dans les relations internationales, tandis que des « modérés » faisaient parfois montre de totalitarisme dans la conduite de leurs affaires intérieures. Certains progressistes font confiance aux investissements privés alors que des modérés ont nationalisé des pans entiers de leur économie. Certains libéraux ont appliqué des politiques de gauche vice versa.

Il convient de considérer les intérêts à terme des peuples d’Afrique. Ces intérêts commandent aujourd’hui qu’allant au-delà de luttes inutiles, de revendications territoriales violentes, d’appartenances idéologiques théoriques parfois conflictuelles et hautement aliénantes, l’on entre en renaissance avec l’Afrique des profondeurs, pour être de ceux qui travaillent au surgissement du printemps des peuples.

L’unification politique permet de régler de la manière la plus irréversible qui soit les rivalités tribales et les antagonismes ethniques qui n’ont de valeur que dans le cadre d’États théoriques découpés en fonction des intérêts des anciens colonisateurs. Les peuples de ces États ne peuvent espérer vivre que dans l’Union, et l’Union seule.

Comment ? Par quels moyens ?
La volonté, la ténacité, le courage, la lucidité d’hommes d’État ayant une vision claire du présent et du futur et décidés à bousculer les événements, sont les conditions essentielles du succès.

L’union politique en Afrique permettra un règlement définitif du conflit lattent en Côte d’Ivoire, de la guerre au Libéria, en Sierra Léone, au Sénégal et des paix fragiles existant dans la plupart des pays de cette zone.
Ce ne seront pas les moyens matériels qui feront cette unité mais ce seront avant tout les vertus morales alliées à un sens aigu des intérêts du continent.

4.2. L’impact économique de l’unification politique

Dans les États fédéraux, des instruments de solidarité, automatiques ou non permettent d’aider à compenser les difficultés affectant de manière asymétrique certaines régions ou États fédérés. Ces mécanismes consistent en transferts de revenus, soit par le biais de la protection sociale soit par le biais du budget fédéral. Ces transferts peuvent être automatiques (allocations chômage) et proportionnels à la crise que traverse la région alors que la pression fiscale diminue en raison de la baisse d’activité (baisse des impôts et charges sociales). Il existe aussi des transferts spécifiques sous forme d’aides fédérales pour les États touchés par des catastrophes naturelles ou par des récessions économiques sévères. Ces derniers transferts permettent entre autre, la restructuration et la modernisation des appareils productifs touchés par la crise et l’aide à la diversification et à l’implantation dans des activités de substitution. Quant à la compensation automatique, elle induit un transfert inter régional. Il existe dans tous les États en général, beaucoup d’aides et d’allocations sociales attribuées sous forme de revenus. En outre, les charges sociales versées globalement par une région en difficulté se contractent tandis que le nombre de bénéficiaires d’allocations chômage et de revenus sociaux minimum croît. Pour contribuer à la solidarité au sein de la fédération, d’autres moyens peuvent être utilisés comme des financements ou investissements privés pour combler par exemple le déficit des échanges d’une région.

Enfin, l’unification politique peut entraîner l’intensification des échanges à l’intérieur de l’Union, une attraction des investissements et des gains en termes d’amélioration de l’allocation des ressources à travers les économies d’échelle et l’accélération de la concurrence dans un marché plus vaste et une meilleure insertion dans l’économie mondiale.

Les déplacements de main d’œuvre auront donc lieu en fonction de l’information sur l’offre de travail et le niveau de rémunération garanti. Les travailleurs seront à la recherche d’une meilleure rémunération du travail.
Dans un espace politique unifié, les capitaux aussi circuleront librement sans entraves aucune à la recherche de taux plus rémunérateurs ou d’opportunités d’investissements plus rentables.

Toujours dans cet espace, les économies seront forcément ouvertes et globalisées car elles formeront une entité face à l’extérieur. La concurrence cédera le pas forcément à la complémentarité du fait de l’existence de politiques économiques centralisées où les priorités seront définies en fonction des intérêts communautaires par l’État fédéral.

Une politique de diversification de l’économie sera plus facile à concevoir et à appliquer dans un cadre fédéral, en l’absence d’intérêts nationaux qui sont souvent divergents. L’existence d’un peuple, d’une économie, d’objectifs globalisés et planifiés au niveau fédéral entraînera une localisation des projets en fonction des avantages par rapport aux autres sites concurrents et à la position vis à vis de l’extérieur. L’unification politique qui supposera une seule politique économique éliminera du coup l’occurrence de politiques budgétaires autonomes, parfois contradictoires, toutes élaborées pour répondre à des exigences déterminées et parfois spécifiques et les problèmes de coordination qui en sont le corollaire.

CONCLUSION GENERALE

Au total, l’unification politique est la seule forme d’organisation capable de donner sa place dans le concert des Nations et d’installer sur le Continent une paix sociale durable.

Non seulement, l’union politique est l’outil le plus efficace car plus puissant pour venir à bout des problèmes économiques auxquels l’Afrique est confrontée mais elle permet de régler les conflits identitaires qui surviennent très souvent au niveau sous-régional et régional.

L’union politique peut noyer les réflexes identitaires au profit de l’esprit fédéral.

Les esprits sectaires disparaissent si chaque citoyen se sent chez lui n’importe où dans l’espace fédéral à l’image des États Unis d’Amérique.

L’unification politique crée une convergence des intérêts qui sont ceux d’un peuple unifié et le Gouvernement fédéral aura le devoir de régler les problèmes des citoyens sans aucune sorte de distinction.

L’Afrique aurait intérêt à adopter une organisation politique unifiée inspirée du modèle des États Unis d’Amérique. Les pays membres pourront s’unir dans une fédération qui réalisera un compromis entre l’autonomie des États et l’efficacité du pouvoir fédéral.

Ces États pourront ainsi accroître leurs chances en se donnant des institutions qui les renforcent et en profitant de facteurs favorables tels que l’élargissement de l’espace communautaire et l’abondance d’une main-d’œuvre très bon marché relativement aux pays développés et aux pays émergents concurrents.

Une Constitution sera élaborée avec le double souci de respecter l’autonomie des États et de créer au-dessus d’eux un pouvoir fédéral permettant une action politique efficace. A tous les niveaux on retrouvera les principes de souveraineté de la nation assurée par l’élection et la prépondérance du législatif et la liberté du citoyen garantie par la séparation des pouvoirs.

Chaque État conserve sur son territoire sa souveraineté dans les domaines administratifs, religieux, commercial et règle comme il l’entend les questions proprement législatives concernant le mariage, le régime électoral, la police et l’instruction. Sur le plan politique, il est dirigé par un Gouverneur élu, une assemblée législative et possède ses propres tribunaux ainsi qu’un corps spécifique de fonctionnaires. Ainsi, les droits des États seront préservés.

Mais au-dessus de ces États, est créé un pouvoir fédéral auquel sont réservés certains pouvoirs de décision dans les domaines de la guerre, de la diplomatie, de la monnaie, des finances et des douanes.

Destinée à faire l’union entre les États, la constitution fédérale s’inspirera des principes politiques communs par l’instauration d’un régime républicain dont l’objet sera de sauvegarder la souveraineté du peuple. Par exemple, elle débutera par les mots suivants : « Nous, le peuple des États Unis d’Afrique … » Enfin, la séparation des pouvoirs présidera aux rapports des pouvoirs publics entre eux.

Le pouvoir législatif fédéral sera exercé par une assemblée dont la dénomination restera à trouver et ses membres seront élus au suffrage censitaire. Le nombre de député sera proportionnel à la population de chacun des Etats à peu prés à raison d’un élu pour 100 000 habitants.

Afin de rassurer les États les moins peuplés qui peuvent redouter la domination des autres, un Sénat sera créé et incarnera le fédéralisme. Il sera constitué de deux ou trois ou quatre représentants par État quelque soit sa population. Ils seront élus par le peuple. Son président sera le Vice-président des États Unis. En outre, il pourra se transformer en Haute Cour de Justice et les Traités internationaux signés par le Gouvernement fédéral n’entreront en vigueur qu’après sa ratification à la majorité des deux tiers.

Les lois votées par l’Assemblée et le Sénat doivent être approuvées par le Président des États Unis d’Afrique. S’il oppose son veto, les deux Institutions ne peuvent passer outre que si, dans chacune d’elles, le projet contesté réunit au moins les deux tiers des suffrages.

La Cour Suprême qui sera formée de juges inamovibles, donc indépendants nommés par le Président avec l’accord de l’Assemblée et du Sénat, tranchera les différends qui opposent les citoyens et les États, les États entre eux, les États et le Gouvernement fédéral. Ce sera également elle qui jugera si une loi est ou non conforme à la Constitution. Sa sentence sera sans appel.

Cette Constitution pourra être modifiée ou complétée par des amendements, à condition que ceux-ci réunissent dans chaque Assemblée fédérale les deux tiers des voies et soient ratifiés par les trois quarts des États.

Au total, nous devons préciser que ceci n’est qu’une esquisse qui peut être modifiée et réadaptée, notre souci étant tout simplement de rassembler les pays africains dans un cadre garantissant le plein épanouissement économique et politique des citoyens sans pesanteurs et risques de dérapages incontrôlables pouvant mener à l’éclatement de la fédération.

Nous pensons qu’aujourd’hui un centre unique de décision politique et économique constitue la panacée pour les pays en voie de développement dont l’unique souci est de gagner la bataille du décollage économique et de l’industrialisation.

Mour Talla MBAYE, Docteur Es Sciences Économiques Économiste du Développement-Spécialiste des Questions d’Intégration Régionale Comparée, Enseignant Chercheur Associé à la Chaire Jean Monnet en «Intégration régionale Comparée », Université Montesquieu – Bordeaux IV – FRANCE, Ancien Sous-Directeur de la BCEAO Dakar
E-mail : mmtbaye@yahoo.fr
Tel : 0613792693

15 juillet 2010

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